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histoire de Tchekroba

1- le vieux tchekroba découvre le cinéma

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C'est la fin de la semaine, et je vous dois une petite histoire!

L'histoire se passe comme toujours à Betadougou, car à Betadougou on voit un peu de tout. 

C'est que, lorsque Betadougou reçut, comme un gâteau, son indépendance des mains du général blanc De Gaulle, on n'avait pas envoyé une lettre spéciale pour en informer les chefs de villages, les griots, les notables, les rois et reines du village de Djabadji (jus d'oignon).

Le vieux Tchekroba, n'avait visiblement pas vu venir le changement sous le soleil des indépendances, aussi c'est sans gêne qu'il décida d'aller rendre visite à son fils qui habitait à Ouangolofitini.

Comme de son temps, la notion de temps n'existant pas, il trouva normal de partir à pied. Il se leva de bon matin, prit sa canne et se mit en route. Il n'avait pas prévu de nourriture, car  en Afrique, l'étranger est roi, et lui Tchekroba, il était respecté dans son village et ce serait un honneur pour ceux qui auraient la chance de le recevoir comme invité à la table.

Tchekroba donc, marcha, toute la matinée, se gavant d'ananas sauvages, de mangues et de corrosols, car là-bas en Afrique, les Dieux avaient pourvu tout le nécessaire pour survivre, c'est donc à juste raison que les habitants de Betadougou trouvaient le luxe de passer toute la journée sous l'arbre à palabres à discuter de choses inutiles.

La nuit tombait lorsque le vieux Tchekroba arriva dans le petit village de Sagadjigui.

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Sagadjigui était un ancien combattant qui avait fait ses preuves dans la légion des tirailleurs sénégalais. Il avait été en Europe, avait   combattu les allemands. Il en était revenu, plus européanisé que les grands parents de Michel Boy.

Il mangeait désormais à la cuillère, réglementait la ration et demandait qu'on lui envoyât une lettre avant de se faire inviter chez lui.

Ironie du sort, c'est chez Sagadjigui que le vieux Tchekroba décida de passer la nuit. Il arriva dans la cour de Sagadjigui, et à haute voix, commenca les salutations :

" ani sogoman...."
"..somogo nous behe..."

Les salutations prirent  plus de 5 minutes avant qu'on donnât la chaise à Tchekokroba, comme c'était la coutume, après  lui avoir demandé les nouvelles sur tout ce qui pouvait le toucher de près ou de loin, comme par exemple la dernière maladie de son petit fils, l'état de santé des chèvres du village, etc...

La famille sagadjigui venait de finir le dîner et donc rien n'étant prévu pour cet invité qui n'avait pas prévenu, on trouva quand même un peu de riz que le fils de Sagadjigui n'avait pas  encore mangé. 

Tchekroba devait donc partager le repas du petit. Il se lava les mains, s'assit autour de la casserole, et sans crier gare plongea la main dans la casserole. Lorsqu'il retira la main, la moitié du riz était partie. Le fils de sagadjigui commenca à pleurer, et appela son père.

"papa, papa, tu as vu comment l'étranger a pris, il a fini tout le riz,"

Le père savait que son fils était parti pour une nuit blanche, aussi il intervint. Il dit :

" Mon fils, est ce que notre invité t'a dit, qu'après ce gros coup qu'il a pris, il va en prendre encore ?..."im10.gif (11033 octets)

Le père dit cela lorsque la main du vieux Tchekroba était à mi-chemin prête à prendre un autre coup. Il s'arrêta en chemin. C'était plus qu'il ne pouvait supporter. Lui le vieux Tchekroba, se voir honnir comme ca pour du riz. Vraiment, l'Afrique avait changé!".

L'honneur étant plus que tout en Afrique, le vieux Tchekroba s'excusa et refusa de passer la nuit chez Sagadjigui et continua son chemin.
C'est très tôt le matin qu'il arriva à Ouangolofitini.

A Ouangolofitini très vite le vieux Tchekroba prit goût à aller visiter la seule salle de cinéma de la ville.

Le premier jour il put voir  "Django , prépare ton cercueil", le deuxième jour, c'était le même film. Il était assis dans la salle et  soudain il revoit une scène de la veille :

Django  se faisait surprendre pendant qu'il côtoyait une maison , et se fait assommer. Le vieux Tchekroba, ayant vu la scène de la veille, voulait donc, ce jour-là, prévenir django pour ne pas qu'il se fasse surprendre encore une autre fois. Il dit à haute voix :

"Eh toi là, il est caché derrière le mur, ...Tu ne m'entends pas, je te dis qu'il est caché derrière le mur... Il va te taper.. si tu vas...Je .. je... JE T'AI PAS DIT?" Le "je t'ai pas dit" ponctua donc avec Django qui se fait encore assommer.

Le vieux Tchekroba était visiblement fâché et il voulait faire connaître son avis à ceux qui étaient assis à côté de lui.

"Je vous dis que ce blanc là il est bête, grand comme ça, là, il ne sait pas réfléchir ... Hier tu es venu dans la même place on t'a tapé sur la tête, aujourd'hui tu viens, on te tape encore sur la tête, c'est pas que y'a longtemps... hier, les mêmes gars t'ont frappé, aujourd'hui encore... C'est pourquoi on dit grandir bêtement c'est pas bon. Bête comme ça là dans mon village on le chasse...."

Il rumina ainsi sa colère toute la soirée!

Tchekroba découvrait donc le cinéma pour la première fois!

John

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Textes John Tra ©