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Lettre d'information :

 

KIGALI un calme trompeur

A l’aéroport nous sommes accueillis par Laurent et Karine. L’association qui est à l’origine de notre mission s’appelle "Association pour l’Action Humanitaire", elle a été fondée par Bernard Kouchner. C’est une des ses premières missions. Mais nous allons pouvoir bénéficier de l’hébergement de Pharmaciens sans Frontières à Kigali, et de leur structure logistique et bien sûr de leur expérience.

Nous logeons dans la villa du gérant d’une société informatique belge à Kigali. Il avait quitté le Rwanda au moment de la guerre, et PSF avait occupé la villa pour éviter qu’elle ne soit pillée. La villa est très spacieuse, 6 chambres, 3 salles de bains. Il y a une vue superbe sur les collines de Kigali. Et même si la piscine est vide, si l'électricité est produite par un groupe électrogène poussif, et qu’on doit faire chauffer le café sur un réchaud à kérosène, cela donne un peu l’impression d’un club de vacances...


Des traces d’effraction sur toutes les portes, dans la salle de séjour, un trou rond dans une vitre : nous retrouvons la balle qui s’était fichée dans le mur. Dans ma chambre le plafond de bois a été percé par une rafale d’arme automatique. Les premières nuits ont été troublées par quelques coups de feu, mais cela n’a pas duré et le calme est revenu bientôt.

Mais ce calme n’est qu’apparent, et des drames continuent de se jouer un peu partout autour de nous : des militaires du FPR harcèlent des habitants à Kigali pour qu’ils quittent leur maison afin d’y reloger leurs amis. Deux secrétaires Rwandaises de l’UNICEF nous rapportent ce discours qu’on leur a tenu :

"Comment, mais vous êtes encore vivantes,
nous avions pourtant cru avoir tué toute la famille,
il faudra qu’on termine le travail
".

A Cyangugu, on parle de trois morts par jour. A Cieza, des réfugiés occupent un couvent à deux kilomètres à peine de leur maison, ils ont peur d’y retourner...


En ce qui concerne la sécurité des Européens, il n’y a pas vraiment de problèmes, bien sûr il faut éviter de circuler seul la nuit ou dans des régions isolées, mais c’est plutôt l’exception. Vers la région de Bukavu, on nous signale une pratique pour attaquer les véhicules isolés : on abandonne un bébé sur le bord de la route et quand un véhicule s'arrête on en profite pour l’attaquer.

"Si tu donnes 5000 francs, on te tue d’une balle dans la tête, sinon c’est à la machette."

C’est parait-il le sinistre marché que proposaient les miliciens à leurs victimes, à moins que ce ne soit les militaires du FPR.

Au Zaïre, les anciennes milices organisent la contre-offensive, et transforment les camps de réfugiés en camps d’entraînement. MSF parle de son retrait : l’abstention n’est pas nécessairement une démission, mais peut être au contraire une décision. Il ne faut pas confondre activisme et action. Le réflexe ne doit pas se substituer à la réflexion...

La tentation est grande de simplifier le problème et de le réduire à une querelle d’ethnies Hutus / Tutsis. La réalité est beaucoup plus complexe

C‘est en prenant le café le soir à la terrasse de la maison qu’occupe Bakti un infirmier de Gahini que nous parlons de tous ces problèmes, de guerre, de sécurité. Nous buvons une bouteille de Meursault que j’ai ramené de France. A moins de 15 mètres de la maison, la terre retournée laisse entrevoir quelques os et des lambeaux de vêtements : le reste d’un charnier.

Mais Willy nous invite à assister à son cours d’anglais qu’il dispense aux enfants du village. Willy est hawaiien, en vacances en France, il a lu quelque part qu’on avait besoin d’ingénieurs hydrauliciens pour rétablir la distribution d’eau au Rwanda, et voilà il est parti. Il ne parle pas un mot de français, encore moins de Kynirwandais, mais il a entrepris de donner des cours d’Anglais aux enfants.


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Textes et photos JPW©