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Lettre d'information :

 

Considérations politiques et tracassins administratifs.

Mardi, je transmets une demande de recherche de personne au bureau du Haut Comité aux Réfugiés, le H.C.R. A coté de moi une dame voudrait transférer des orphelins de camps de réfugiés vers un orphelinat de la région de Kigali. Les enfants couchent à même le sol de lave, les plus petits dans une cuvette de plastique en guise de berceau. Peine perdue, des considérations politiques prévalent sur l'intérêt des enfants. 


Mercredi, j’attends Sophie devant le camp des Nations Unies. Un militaire vient s’accouder à la portière de ma voiture, il a bu, il sent la bière, sa kalachnikoff se balance devant mon nez. Il a besoin de discuter. Il a moins de quatorze ans. Quel pourra bien être son avenir ? 


Jeudi 15 heures, réunion hebdomadaire au ministère de la réhabilitation, sur les enfants non accompagnés : L’association Care Australie présente son projet : confier des orphelins à des mamans, et d’aider ces mamans à subvenir aux besoins des enfants en leur fournissant une aide alimentaire et financière. L’idée semble intéressante et correspond bien à la mentalité Africaine, même si elle doit être plus difficile à mettre en oeuvre qu’un orphelinat traditionnel. Care a même imaginé un contrat fixant les obligations réciproques de l’association et des mamans. La discussion s’engage sur la validité juridique d’un tel contrat, que se passera-t-il si l’une ou l’autre des parties ne respecte pas ses obligations. Il n’a pas été beaucoup question de l'intérêt des enfants. Mais Care avait déjà mis en place de tels contrats et c’était ça le plus important.


Je me suis souvenu d’une phrase de Bakounine au mur du bureau d’un collègue de travail :

"Ceux qui se sont sagement limités à ce qui leur paraissait possible n’ont jamais avancé d’un seul pas."  

Sur la route de Rwamagana nous croisons des longues files de personnes se rendant au marché de Kigali proposer leur produits. Je vais livrer l’aide alimentaire aux 3 orphelinats signalés par le ministère de la réhabilitation. J’ai obtenu un camion auprès d’Atlas Logistique. J’ai chargé huile dans les entrepôts de l’Unicef, la farine et le sucre dans ceux du PAM. Après une petite négociation sur les rations quotidiennes de sucre : 20 gr ou 40 gr. Nous nous mettons d’accord sur 30 gr par jour et par personne, j'arrondis les quantités au nombre de sacs supérieurs et nous voila partis. Je vais assurer la livraison. Le chauffeur et son aide mécanicien sont Ougandais. Ils sont venus gagner un peu d’argent au Rwanda avant de retourner dans leur famille. 


Rwamagana, je cherche l’Orphelinat. La population ne parle pas Français, mes chauffeurs Ougandais ne me sont pas d’un grand secours : ils ne parlent que le Swahili. Comment représenter par geste un orphelinat ou des orphelins ? Finalement une jeune femme baragouinant quelques mots de Français nous conduit à l’orphelinat où je peux faire ma première livraison.


KAYONZA, chez les soeurs... Les soeurs ne sont plus là depuis la guerre. Je rencontre Callixte Kalibwabo. Il me souhaite la bienvenue. Ancien professeur, il a pris en charge l’Orphelinat. Il a 120 enfants à l’orphelinat, mais a dénombré "774 enfants non accompagnés" aux alentours. Ils ont étés recueillis dans des familles. Il n’a pratiquement plus rien et ma livraison tombe à point. Il aimerait bien aussi du lait, du potage, des légumes, des ballons pour que ces enfants puissent jouer. J’aimerais pouvoir lui donner satisfaction. J’aimerais aussi discuter avec lui, m’informer sur les conditions matérielles d’organisation d’un orphelinat, mais la journée s’avance et je dois encore livrer GAHINI.


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Textes et photos JPW©