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Lettre d'information :

 

La réhabilitation de Cieza

Sophie est repartie à Paris, Je ne verrais pas l’aboutissement du projet. Je ne verrais même pas l’orphelinat remis en état. Dix jours se sont écoulés depuis notre première visite à l’abbé Sibomana, et nous n’avons pas beaucoup avancé. D’abord il n’était pas au rendez-vous quand je suis retourné présenter notre projet, et j’ai mis 5 jours pour arriver à le rencontrer. Quand je le cherchais à Gitarama, il était à Butare, ou à Kigali. Puis 4 jours ont passés avant qu’on ne reloge les réfugiés qui occupaient les locaux. L‘abbé a plus d’une heure de retard, sa voiture n’a plus de courroie de ventilateur, et il n’est pas facile d'en trouver ici à Gitarama. Alors il utilise la voiture d’un autre abbé. Celle-ci n’a plus de démarreur... Mais il est plus facile de trouver quelqu’un pour pousser que d’avoir la patience d’attendre une demi-heure tous les dix kilomètres que le moteur refroidisse.  Je lui présente Léoncie que nous avons recrutée pour administrer l’orphelinat.Je remarque qu'il est un peu déçu que nous ayons recruté quelqu'un de Kigali et non de la province de Gitarama. Nous rejoignons CIEZA, où nous constatons que la majorité des réfugiés sont partis, mais en emportant une partie du mobilier. Pour la plupart ils ne sont pas loin : ils se sont installés au couvent à coté. Il faudra récupérer ce qu’ils ont emprunté... Plus tard quand j’aurais recruté des gardiens.

 
j'ai recruté les gardiens : Sylvestre, Isidore et Tassirisse

Les travaux à faire sont importants : nettoyer les abords, les bâtiments, déboucher les toilettes, vérifier et remettre en état les installations d’eau, installer un groupe électrogène pour l’électricité, peut-être des panneaux solaires, remettre en état les installations électriques, remplacer une centaine de carreaux cassés, refaire une demi douzaine de portes disparues, en réparer autant sinon plus, changer les serrures, acheter ou faire fabriquer les lits et les berceaux manquants, approvisionner des matelas. Il me reste 8 jours avant de rentrer en France, et de toutes façons je n’ai pas l’argent nécessaire. Il devait nous arriver de Nairobi, et puis je ne sais quel problème, nous ne l’avons pas eu. Qu’à cela ne tienne, je vais essayer d’utiliser au mieux mes derniers francs : engager des gardiens, des menuisiers et lancer les travaux les moins onéreux. Un candidat se présente spontanément pour un poste de gardien. Nous en aurons plus de cent qui viendront chercher du travail. Faisant pour la plupart du temps à pied les dix km qui sépare CIEZA de GITARAMA. Je décide d’attendre un peu avant de l’embaucher. Avant de ramener l’abbé à GITARAMA, je propose à Léoncie de commencer à faire nettoyer les abords. Elle y avait pensé mais n’avait pas oser m’en parler. Je ne pensais pas que beaucoup de travail pouvait être entrepris pour cet après midi, mais je me disais que c’était bien de commencer. Nous avons formé des équipes : les hommes allaient tondre la pelouse à la machette, les femmes aidées des enfants, nettoyer la cour. Nous sommes partis ramener l’abbé, tandis que les enfants, excités à l’idée d’une petite récompense, s’affairaient, qui à couper quelques buissons pour improviser un balai, qui à aller chercher de l’eau dans un récipient de fortune.


 Les Hommes coupent l'herbe à la machette.

Quelle n’a pas été ma surprise en revenant, de voir que tous les abords étaient propres, impeccables. Aussi nous avons commencé de préparer le planning pour les jours suivants : demain nous ferons les achats à Kigali de ce qui nous manque, et samedi ce sera le grand ménage. Nous commençons à organiser nos équipes.  Le conseiller du village est venu nous rendre visite. L’abbé nous avait suggéré de le rencontrer, et nous l’avions fait chercher. Je lui ai demandé ce qu’il pensait de notre candidat gardien, mais il l’a réfuté aussitôt : il ne le connaissait pas : "cela pouvait être un bandit". Je l’ai donc prié de nous proposer des candidats pour samedi. Nous rentrons à KIGALI, la nuit tombe, je veux allumer mes phares, mais ils refusent et je dois traverser la ville de nuit sans aucun éclairage : l’enfer.

Samedi, nous arrivons avec le matériel brosses, balais raclettes... Nous répartissons les travaux et voilà qu’une cinquantaine de personnes s’affaire. Les enfants sont organisés en groupes de cinq sous la conduite d’un grand qui est responsable du bon travail de son équipe. Les équipes d’enfants vont principalement aider les femmes à qui on a réparti le travail. Il y a plus de quatre cent mètres carrés de bâtiments à nettoyer. Les cuisines et les sanitaires sont très sales. J’ai demandé à pouvoir me regarder dans l’évier en inox. Ils ont essayé, mais c’était mission impossible. Le conseiller est revenu avec des candidats gardiens : 3 de nuit, un de jour. Son choix me parait bon, il y en a deux qui travaillaient auparavant dans le centre, dont un que j’avais repéré. Je réfute le gardien de jour : d’une part il ne m’inspirait pas confiance, d’autre part il ne faut pas que je me laisse trop imposer les choix par le conseiller. Un candidat à la fois maçon, menuisier et vitrier se présente. Je lui demande s’il a des outils. Il va chercher un sac et me présente une scie, un rabot, un marteau. Je l’embauche.


Un autre se présente peu après, je suis embêté : c’était lui l’ouvrier d’entretien du centre. Je décide de l’embaucher aussi. Je les mets en concurrence, je garderai le meilleur. La proposition leur convient : je leur donne à chacun une porte à réparer. J’organise la surveillance des trois gardiens. Tout le matériel sera regroupé dans deux pièces au centre de l’orphelinat, ce qui facilitera la surveillance. Comme ça ils pourront assurer aussi la surveillance de jour. Je leur donnerais un petit supplément. Ils acceptent avec joie sans que j’ai fixé leur salaire.  La journée de nettoyage s’achève, l’équipe a bien travaillé, je paye tout le monde et distribue des biscuits aux enfants. Et à Mardi prochain. Dimanche, après la messe, je vais aller acheter un souvenir.

Dimanche, CIEZA me manque. J’y suis retourné pour vérifier si les gardiens "vigilaient" bien. Mardi, nous avons fini le nettoyage, il reste trois jours et je ne peux plus entreprendre grand chose par manque d’argent. J’ai fait nettoyer les montures des vitres cassées, mais je n’ai pas les soixante mille francs nécessaires au remplacement des vitres. J’ai finalement gardé les deux menuisiers : ce sont tous les deux de bons "couturiers du bois" comme dit Léoncie, et il y aura du travail pour deux le temps de remettre en état.


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Textes et photos JPW©